C’est le dernier épisode bidon d’une série qui ferait passer Plus belle la vie pour un documentaire scientifique.
L’UFC Que Choisir avait pourtant fait le boulot, saisissant le juge des référés au printemps pour dénoncer la tromperie. Pour Marie Amandine Stévenin, la présidente de l'association, la logique était cristalline : « Une eau vendue comme eau minérale naturelle doit être... naturelle et originellement pure ». Les magistrats ont répondu : « Cause toujours, tu m'intéresses. » L'évidence a été noyée dans une flaque de compromission.
Résultat : les 78 millions de bouteilles en stock peuvent continuer d'inonder nos supermarchés. À Vergèze, dans le Gard, le millier de salariés de Nestlé Waters et les élus locaux respirent. Faut dire que l'odeur du fric est plus puissante que celle de la source.
Nestlé Waters, triomphant et suffisant, se frotte les mains : « Cette décision confirme que la sécurité alimentaire de nos eaux est garantie. » On adore cette rhétorique. Après qu'ils aient admis avoir mis du charbon et des UV dans sa flotte pendant des années des traitements interdits pour une « eau minérale naturelle » le groupe nous assure que tout va bien, la preuve, le juge a dit oui. C'est un peu comme si un voleur était félicité par le tribunal parce qu'il n'avait pas tout volé.
L’UFC Que Choisir est, à juste titre, dans une colère noire. « L’analyse des juges est décevante. C’est un blanc seing aux pratiques commerciales trompeuses ! » s’insurge l'association. Et de lancer la seule question qui vaille : « Faut il attendre des morts pour que ce sujet soit sérieusement traité ? »
Car le nœud de l’affaire est là : Perrier utilise une microfiltration à 0,2 micron, un procédé qui modifie le microbisme de l'eau. Or, par définition, une eau minérale naturelle est intouchable, pure à la source, sans désinfection. Nestlé a beau jurer ses grands dieux que c'est pour notre sécurité alimentaire et que le gouvernement l'a autorisé en douce en 2023 (coucou la commission d’enquête sénatoriale qui a allumé le gouvernement !), ça reste une entourloupe. Un avocat de l'UFC, Maître Alexis Macchetto, a même osé parler de « risque réel pour le consommateur ».
Face au scandale des eaux Vittel, Contrex et Hépar toutes sous la coupe de Nestlé, le groupe a tenté la parade : une campagne de com' bien hypocrite dans les supermarchés, signalant que ces eaux « sont susceptibles » de ne pas être minérales naturelles selon l’analyse par l’État de leur microfiltration. Un aveu à peine masqué.
![]() |
| Illustration par IA |
Pourtant, la machine à cash ne s'enraye pas. Les ventes de Perrier classique restent stables, voire « en croissance » avec le beau temps. Seule la production des bouteilles bleues a reculé suite à la suspension de quelques forages. Preuve que même avec des casseroles plus grosses que le Gard, le consommateur a la mémoire courte et la soif tenace.
Puisque les puissants de Nestlé ont gagné et que la justice a préféré l'accommodement (faut dire, l'eau, ça mouille les mains), il ne reste plus que nous, consommateurs. C'est le dernier juge, le dernier recours. On a le choix entre continuer de boire cette eau dont on sait qu'elle est trafiquée, ou décréter un boycott général pour montrer que la Justice populaire passe par le porte monnaie. Si on continue à siffler nos Perrier sans broncher, cela voudra dire que le débat est clos, et que nous donnons raison à la tromperie commerciale. Mais dans ce cas, qu'on ne vienne pas pleurer s'il y a un jour des morts suite à la prochaine défaillance de Perrier. Le consommateur complice est toujours la victime idéale.
Source : France Info


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire