Alors que la Commission européenne, dans sa quête aussi noble que brutale de protéger l’enfance, s’apprête à faire trembler les fondements de nos vies privées, le projet « Chat Control » se présente comme un remède pire que le mal.
Sous couvert de traquer les prédateurs en ligne, Bruxelles envisage sérieusement de transformer nos messageries chiffrées en autant de vitres sans tain. Le principe est simple, terrifiant, et enveloppé dans le langage technocratique habituel : autoriser le scan automatique de nos messages, même ceux protégés par un chiffrement de bout en bout. Au nom de la sécurité des enfants, on nous propose donc de renoncer à la nôtre.
L’hypocrisie est presque parfaite. D’un côté, une coalition vertueuse, menée par des associations, clame qu’il s’agit d’un impératif moral. De l’autre, des experts en cybersécurité, des défenseurs des libertés et même certains États membres comme l’Allemagne tirent la sonnette d’alarme : ce système revient à installer une porte dérobée dans le coffre-fort de nos conversations. Une fois cette brèche ouverte, qui peut garantir qu’elle ne sera pas exploitée à d’autres fins ? Les promesses de « détection ciblée » ont la vie dure, mais l’histoire nous a appris que la surveillance, une fois installée, a tendance à s’étendre bien au-delà de ses objectifs initiaux.
Le plus ironique dans cette affaire, c’est que le remède proposé est notoirement inefficace. Des centaines de chercheurs l’ont rappelé : aucun algorithme n’est capable de faire ce tri sans commettre une multitude d’erreurs, confondant par exemple un échange entre adolescents avec du contenu criminel. Pendant ce temps, les vrais réseaux pédocriminels, eux, sauront contourner ces contrôles avec une facilité déconcertante. On se retrouve donc dans une situation kafkaïenne : sacrifier la vie privée de centaines de millions de personnes pour un gain sécuritaire douteux, tout en laissant intactes les sources du fléau que l’on prétend combattre.
Car le vrai problème n’est pas là. La racine du mal, ce sont ces sites et ces réseaux qui prospèrent en toute impunité, pas le citoyen lambda échangeant des messages privés. Plutôt que d’investir dans les moyens humains et techniques nécessaires pour s’attaquer sérieusement à ces circuits, on préfère promulguer des lois liberticides, plus faciles à mettre en œuvre et surtout plus médiatiques. Dans un contexte où les budgets sont sous tension, où les institutions peinent à joindre les deux bouts, il est plus commode de faire passer la facture aux citoyens sous forme de renoncements libertés que de s’attaquer structurellement au crime organisé.
L’opposition récente de l’Allemagne a mis un coup d’arrêt temporaire à ce scénario cauchemardesque, mais la bataille est loin d’être gagnée. Des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie restent favorables à ce texte, aveuglés par une vision sécuritaire à courte vue. Pendant ce temps, des acteurs majeurs comme Signal ont prévenu : ils préféreront quitter le marché européen que de briser leur chiffrement. Ainsi, sous prétexte de nous protéger, on nous prépare un internet moins libre, moins sûr, et finalement, plus contrôlé. Le plus triste dans cette histoire ? Ce sont une fois encore les citoyens qui paieront le prix fort, pour une protection illusoire.
Source info : France 24
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