Si on vous filait un chèque en blanc, vous choisiriez quoi : une villa à Beverly Hills avec piscine à débordement et voisins botoxés, ou un bunker souterrain ultrasecret pour survivre peinard pendant l’apocalypse ? Étrangement, chez les milliardaires de la tech, la seconde option semble bien plus sexy.

Depuis 2014, Mark Zuckerberg a décidé que les « likes » ne le protégeraient pas d’un cataclysme mondial. Résultat : un chantier pharaonique estimé à 270 millions de dollars sur son petit terrain hawaïen de 566 hectares, le « Koolau Ranch ». Au programme : 450 mètres carrés de cachette autonome, énergie et provisions incluses. « Ce n’est qu’un petit sous-sol », dit-il, avec cette modestie légendaire propre aux gens qui construisent des forteresses souterraines pour fuir la fin du monde.
Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, confiait déjà en 2017 au New Yorker que plus de la moitié de ses camarades milliardaires de la Silicon Valley s’étaient offert ce qu’il appelle des « assurances apocalypse ». Traduction : quand vous entendez un type en sweat gris dire qu’il a acheté une maison en Nouvelle-Zélande, comprenez qu’il s’est offert un silo à missiles reconverti en palace antinucléaire. Et comme dans un club très fermé, une simple poignée de main suffit à ouvrir les portes du bunker.
C’est d’ailleurs là-bas, au paradis des moutons et des abris blindés, que Sam Altman, le PDG d’OpenAI, compte retrouver son pote Peter Thiel (Palantir Technologies) en cas de chaos mondial. Ironie du sort : ce sont précisément les gens qui accélèrent le développement de l’intelligence artificielle qui prévoient déjà de s’en planquer.
| Les auteurs ont transformé le Moulin Rouge en chancre abandonné couvert de végétation. © Yves Marchand & Romain Meffre / Courtesy Polka Galerie |
Avant même la naissance de ChatGPT, Ilya Sutskever, cofondateur d’OpenAI, aurait lâché cette petite bombe : « On va devoir construire un bunker avant de lancer l’IAG. » Rien de tel pour rassurer l’humanité que de savoir que les concepteurs de notre futur cerveau numérique envisagent déjà de se terrer sous terre. Depuis, Sutskever a quitté le navire pour fonder sa propre entreprise, histoire de développer l’IA de manière plus « encadrée ». Probablement depuis un endroit avec une porte blindée, qui sait.
Les prophètes de la tech promettent une « intelligence artificielle générale » d’ici cinq à dix ans, voire dès 2026 selon les plus enthousiastes. Pendant ce temps, les scientifiques sérieux lèvent les yeux au ciel. Dame Wendy Hall, professeure d’informatique à l’Université de Southampton, rappelle que l’IA, c’est génial, mais qu’on est encore loin de rivaliser avec un cerveau humain. Neil Lawrence, de Cambridge, enfonce le clou : parler d’une intelligence artificielle générale, c’est aussi absurde que d’imaginer un « véhicule universel » capable d’être à la fois un Airbus, une voiture et une trottinette.
Pendant que les gourous de la Silicon Valley creusent leurs bunkers et fantasment sur leurs futurs dieux-machines, les chercheurs, eux, aimeraient juste qu’on utilise l’IA pour autre chose que nourrir les angoisses mégalos des ultra-riches. Mais bon, difficile d’être entendu quand le monde écoute ceux qui ont déjà commandé le béton armé et les rations lyophilisées.

Source info : Slate.fr
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire