Une équipe de chercheurs franco-italienne a récemment publié une étude inédite sur la présence de pesticides dans les nuages. Menée entre 2023 et 2024 au sommet du puy de Dôme, dans le Massif central, cette enquête révèle une réalité méconnue et préoccupante : l’atmosphère elle-même est contaminée par des substances chimiques, y compris certaines interdites depuis plus de dix ans.
Le puy de Dôme, perché à 1 465 mètres d’altitude, a servi de poste d’observation privilégié pour cette étude ambitieuse. L’équipe, composée de chercheurs français et italiens issus notamment du CNRS, de l’Université Clermont Auvergne et de l’Institut des sciences de l’atmosphère et du climat de Bologne, y a installé un dispositif permettant de collecter de l’eau contenue dans les nuages, à différentes saisons, entre 2023 et 2024.
Au total, six échantillons d’eau de nuage ont été analysés, offrant un aperçu représentatif des conditions atmosphériques sur une année complète. Les résultats sont pour le moins alarmants.
Au total, six échantillons d’eau de nuage ont été analysés, offrant un aperçu représentatif des conditions atmosphériques sur une année complète. Les résultats sont pour le moins alarmants.
32 pesticides détectés, dont plusieurs interdits en Europe
L’analyse chimique des échantillons a révélé la présence de 32 pesticides différents, transportés dans l’atmosphère et condensés sous forme de fines gouttelettes. Parmi ces substances, plusieurs sont interdites dans l’Union européenne depuis plus d’une décennie, comme l’atrazine, un herbicide banni en France depuis 2003 en raison de sa toxicité pour la faune aquatique et de son pouvoir perturbateur endocrinien.
Ces résidus interdits ne proviennent pas nécessairement de France : ils peuvent voyager sur de longues distances, portés par les vents, depuis des régions où leur usage est encore autorisé.
Des concentrations dépassant les seuils de potabilité
Autre constat préoccupant : un tiers des échantillons présentaient une concentration totale en pesticides supérieure aux limites réglementaires fixées pour l’eau potable. Cela ne signifie pas que l’eau de nuage est directement consommée, mais ces données soulèvent des interrogations sur les retombées au sol notamment par les précipitations et les impacts potentiels sur les sols, les eaux de surface et les écosystèmes.
Jusqu’à 139 tonnes de pesticides dans les nuages français
L’une des contributions majeures de cette étude est l’estimation, pour la première fois, de la masse totale de pesticides présents dans les nuages bas et moyens de la France métropolitaine. Selon les modélisations des chercheurs, cette quantité pourrait osciller entre 6 et 139 tonnes, selon les conditions météorologiques et les saisons.
Cette fourchette large s’explique par les variations de température, d’humidité et de circulation des masses d’air, qui influencent la présence et le transport de ces polluants.
Une pollution atmosphérique encore peu étudiée
Interrogée sur les implications de ces résultats, la première autrice de l’étude, dont le nom n’a pas été divulgué dans le communiqué initial, souligne le caractère pionnier de ce travail :
« Jusqu’à présent, les recherches sur les pesticides se concentraient essentiellement sur les sols, les rivières ou les aliments. Nous avons voulu explorer une voie peu étudiée : l’atmosphère. Cette étude montre que l’air lui-même constitue un vecteur de diffusion important, et que la pollution par les pesticides est bien plus diffuse qu’on ne l’imaginait. »
Quels impacts pour l’environnement et la santé ?
Si les concentrations relevées ne représentent pas un danger immédiat pour l’homme à l’altitude du puy de Dôme, les retombées de ces nuages peuvent contaminer des zones sensibles, comme des réserves d’eau, des forêts ou des cultures biologiques. Les effets sur la biodiversité en particulier les insectes, les amphibiens et les oiseaux sont également une source d’inquiétude.
L’étude plaide pour une surveillance renforcée de la pollution atmosphérique par les pesticides, ainsi que pour une meilleure réglementation de leur usage, non seulement au niveau national, mais aussi européen et international.
Vers une prise de conscience globale ?
Cette publication ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les polluants atmosphériques d’origine agricole et leur rôle dans les cycles de l’eau, de l’air et du vivant. Elle rappelle surtout que la pollution ne connaît pas de frontières, et que les choix agricoles faits dans une région peuvent avoir des répercussions bien au-delà.
Alors que le débat sur la transition agroécologique reste vif en France et en Europe, ces résultats donnent une dimension supplémentaire à l’urgence de repenser notre rapport aux pesticides et à l’environnement.

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