Mes chers concitoyens, allumez vos postes de télévision et sortez le pop-corn ! Assistez, médusés, au plus grand combat de catch sémantique jamais organisé sur la place publique.
Dans le coin bleu-blanc-rouge, pesant son poids de service public, le géant France Télévisions ! Dans le coin rouge et noir, le challenger tonitruant et sans complexe, CNews ! Leurs armes ? Des micros. Leur champ de bataille ? Le précieux cerveau du téléspectateur. Leur but ? Vous prouver que l’autre est indigne.Le spectacle est aussi pathétique que fascinant. D’un côté, les chevaliers de l’audiovisuel public qui, du haut de leur tour d’ivoire, pointent un doigt accusateur vers « les dérives » et « les passions » de leur concurrent. De l’autre, les tribuns de la « liberté d’expression » (version maison, soumise à l’audimat), qui renvoient la balle en traitant leurs détracteurs de « bien-pensants » et de « gardiens d’un système moribond ».
Et nous, pauvres âmes qui cherchons simplement à nous informer ou à nous divertir entre deux spots publicitaires, que devons-nous comprendre de ce pugilat ? Que nous sommes les enjeux d’une guerre d’ego où notre intelligence est la principale victime collatérale.
Le Mépris Élégant contre la Rage Populiste
France Télévisions, avec un flegme teinté de condescendance, semble nous dire : « Chers téléspectateurs, regardez comme ces gens sont vulgaires, excessifs. Restez avec nous, dans le saint des saints de l’information tempérée et correcte. » Une offre valable, mais qui sent parfois le renfermé et la leçon moralisatrice.
CNews, dans un style résolument plus rugueux, rétorque : « Eux, ils vous méprisent ! Nous, on vous comprend, vous, le peuple réel ! » Une stratégie redoutablement efficace qui consiste à se draper dans les plis du martyr et de la parole libérée, tout en pratiquant allègrement l’amalgame et la surenchère.
Le résultat ? Un dialogue de sourds qui résonne en boucle sur nos écrans plats. Chaque camp passe son temps à commenter l’autre, à le parodier, à le dénoncer, au point qu’on ne sait plus très bien qui informe sur l’actualité et qui alimente le fait divers médiatique qu’ils ont eux-mêmes créé.
Et le Public dans tout cela ?
Le public, justement, est le grand oublié de cette mêlée. On se bat en son nom, on prétend le défendre, le sauver, le représenter. Mais lui, on ne l’écoute pas. On lui assène des vérités, on lui serine des anathèmes, on le gave d’opinions présentées comme des faits.
Où est passée la déontologie ? Envolée, remplacée par la nécessité de marquer des points dans un duel d’images. Où est la diversité des points de vue ? Noyée sous le flot des éditorialistes qui hurlent dans le sens du vent pour faire du chiffre.
Cette guerre est indigne. Indigne de journalistes qui, pour certains, devraient incarner une certaine hauteur de vue. Indigne du service public, financé par nos impôts, qui devrait être au-dessus de cette foire d’empoigne. Indigne, surtout, de nous, téléspectateurs, traités comme du bétail électoral ou des consommateurs de polémiques.
Allons-nous continuer à être les spectateurs complices de cette mascarade ? Ou allons-nous enfin tourner le dos à ces donneurs de leçons en guerre et exiger ce pour quoi nous payons et ce que nous méritons : une information multiple, apaisée, rigoureuse et, surtout, qui nous respecte ?
La balle n’est pas dans leur camp, mais dans le nôtre. Elle s’appelle la télécommande. Et elle a un pouvoir magique : celui de couper le son.

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