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mercredi 17 septembre 2025

ONU : 80 ANS DE PIPEAU, 80 ANS D’IMPUISSANCE

C’est un anniversaire qui ressemble davantage à une veillée funèbre qu’à une célébration : l’ONU souffle ses 80 bougies, mais la flamme, elle, s’est éteinte depuis longtemps. Née des cendres de la Seconde Guerre mondiale, l’Organisation des Nations unies devait incarner ce rêve de « paix perpétuelle » cher à Emmanuel Kant. Huit décennies plus tard, on peine à y voir autre chose qu’une bureaucratie impotente, oscillant entre comédie diplomatique et tragédie géopolitique.

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Prenons un exemple récent, d’une ironie cruelle : le 16 septembre, l’armée israélienne lançait son offensive terrestre sur Gaza, le même jour où une commission d’enquête de l’ONU accusait Israël de commettre un génocide. Verdict accablant ? Oui. Conséquences ? Aucune. Comme toujours. La machine onusienne sait très bien rédiger des rapports enflammés… pour ensuite les ranger soigneusement dans ses tiroirs capitonnés.

Pendant ce temps, Benyamin Nétanyahou, galvanisé par le soutien inconditionnel de Washington, joue les pyromanes sans masque. Le 11 septembre – date symbolique s’il en est – il a claironné : « Il n’y aura pas d’État palestinien, cet endroit nous appartient. » Une déclaration faite, comble de provocation, depuis une colonie de Cisjordanie. À quelques jours du débat à l’Assemblée générale sur la reconnaissance d’un État palestinien, voilà qui résume l’esprit du moment : la brutalité d’un côté, l’impuissance théâtrale de l’autre.

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À quoi bon reconnaître un État palestinien s’il n’a ni territoire, ni souveraineté, ni voix ? Les bulldozers écrasent les pierres pendant que les diplomates polissent les virgules de leurs résolutions. Et comme si cela ne suffisait pas, Washington veille au grain : fin août, les États-Unis ont refusé des visas à Mahmoud Abbas et aux représentants palestiniens, empêchant ainsi leur présence au débat onusien. La neutralité américaine ? Une légende qu’on raconte encore aux enfants crédules.

La Palestine est devenue le miroir le plus cru de la déchéance de l’ONU. Elle révèle la lente transformation des institutions internationales en terrains de jeu pour autocrates et puissances cyniques. Quand l’Occident dénonce la répression des Ouïgours en Chine, Pékin rassemble 50 États pour l’absoudre. Bravo. Le Conseil des droits de l’homme devient ainsi un club mondain où chacun défend ses tyrans préférés.

Et que dire du « grand allié américain » ? L’arrivée de Donald Trump, avec ses coupes budgétaires brutales, n’a fait qu’enfoncer le clou. Mais soyons justes : l’ONU n’avait pas attendu Trump pour sombrer dans l’inertie. Son fameux droit de veto est déjà un chef-d’œuvre de paralysie institutionnelle. Résultat : chaque conflit majeur, chaque violation du droit international, se solde par une valse de résolutions avortées, d’indignations de façade et de silences complices.

Le Sud global, lui, regarde tout cela avec un mélange de rage et de lassitude. Dans Arab News, Hani Hazaimeh parle d’une ONU « prise en otage par la géopolitique ». Le constat est implacable : les vetos américains ont transformé le droit international en coquille vide, où l’expression « plus jamais ça » se réduit à une formule d’enterrement diplomatique.

Alors, la question mérite d’être posée : à quoi sert l’ONU aujourd’hui, sinon à fournir des tribunes aux grands discours et des emplois à vie à une armée de fonctionnaires multilingues ? « Plus jamais ça » ? Non. « Toujours ça », mais avec communiqué officiel à l’appui. Si cette organisation n’est plus capable d’assumer son mandat originel, qu’elle ait au moins l’élégance de se retirer et de laisser place à de nouveaux acteurs. Car à force d’impuissance, elle ne fait plus qu’ajouter du ridicule à la tragédie.
 
 
 


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